Expositions passées

Flynn Maria Bergmann | 28.11.2015 – 30.01.2016

Vue de l'exposition, Outside The Story, Flynn Maria Bergmann, Galerie Kissthedesign

Flynn Maria BERGMANN, Outside The Story
Exposition du 28 novembre 2015 au 30 janvier 2016.

+ Minikiss: Tennessee Lou MacDougall

Flynn Maria Bergmann est un artiste multi-talents comme la galerie Kissthedesign les aime. À la fois poète et plasticien, il manie le verbe sous toutes ses formes : citations, références, lettrages, métamorphoses esthétiques, fragments ou encore compositions plastiques. Adepte de la notion wagnérienne de Gesamtkunstwerk mais à la sauce alternative, il cherche à investir l’espace pour offrir une expérience en cascade au visiteur, invité à s’approprier l’œuvre et l’exposition.

Partie intégrante du dispositif, le collectionneur emporte des petits bouts de l’histoire et continue le processus de découpage, de collection et de recomposition initié par l’artiste. Ainsi, l’histoire peut sans cesse se réécrire, emprunter de nouveaux chemins, échapper au cadre du livre, de la dramaturgie linéaire, de la narration, de la galerie, pour se développer dans des contextes étrangers ou nouveaux potentiellement riches en rebondissements.

De l’art à l’emporter, pourquoi pas ? Biens culturels au format de poche, rien d’étonnant pour un poète. Avec l’intervention de Flynn Maria Bergmann, la galerie Kissthedesign opérera une nouvelle mue pour un concept boutique inédit à mi-chemin entre la muséographie et le libraire/disquaire du coin.

Histoire de famille pour Minikiss, où Flynn Maria Bergmann encourage sa fille Tennessee Lou MacDougall à voler de ses propres ailes grâce à cette toute première exposition.

 

BIOGRAPHIE

Flynn Maria Bergmann (*1969, Lausanne). Vit et travaille comme plasticien et poète à Lausanne.

Diplômé du Goddard College, Vermont (USA) en 1996, il obtient un Master Of Fine Arts de la School Of The Art Institute Of Chicago (USA) en 2001. Professeur d’arts visuels à l’Ecole Cantonale d’Art du Valais de 2001 à 2011, il est l’auteur de plusieurs livres et est actuellement directeur de collection pour les éditions art&fiction.

Son travail a régulièrement été exposé en Suisse, entre autres au Musée Arlaud, Espace Abstract, E.S.F. à Lausanne, à la Villa Moyard à Morges, la Maison Visinand à Montreux, et Davel 14 à Cully.

 

Durant ses années d’études d’art aux Etats-Unis, Flynn Maria Bergmann explore essentiellement la sculpture et l’écriture. Ces deux disciplines constituent l’ossature de son travail de plasticien.

La sculpture lui a appris à aimer l’infiniment petit et l’infiniment grand, la masse et le vide, l’art conceptuel et minimaliste, le dialogue entre l’espace du corps et le corps dans l’espace, les jeux poétiques entre verticalité et horizontalité, Brancusi et Carl Andre, le land art et la performance, les tromperies de l’immobilité fluidifiée par les oscillations de la perception dans un lieu-événement fixe, un espace-temps muséographique solennel et pourtant vivant.

L’écriture lui a appris à aimer le silence et le rythme, les batailles épiques entre l’abstraction et le réel, la poésie concrète et la poésie objectiviste américaine, la philosophie du langage, la sensualité des sons et la richesse des synonymes, le blanc et le noir mais aussi la couleur, la polyphonie du je, les escaliers de la narration, l’humilité et la persévérance, le dialogue entre le centre et la périphérie, la force fragile du papier, qu’il sera impossible d’égaler Artaud.

Depuis son retour des Etats-Unis, Flynn Maria Bergmann a abandonné ses colossales sculptures de type land art et ses travaux au sol proches de l’arte povera, quittant ainsi l’horizontalité des grands espaces de l’Ouest et un métadiscours sur le matérialisme rampant de la société américaine pour articuler son travail de façon plus classique : aux murs. Les préoccupations du plasticien sont restées les mêmes mais le sytème de présentation a évolué. Les livres, qu’ils soient recueils de poésie ou livres d’artistes, sont venus prendre le relais des sculptures, les dessins et collages de petits formats se sont substitués aux installations, la vidéo est apparue.

Le médium en fin de compte importe peu. Seule l’intensité du souffle poétique guide les recherches et propositions de l’artiste. Comment créer une œuvre d’art qui soit aussi intime, complexe, désespérante et drôle que la vie elle-même ? Comment condenser l’espace en temps et dilater le temps en une prière ? Comment comprendre et faire comprendre que c’est ici et maintenant qu’il importe de s’aimer ?

 

 

OUTSIDE THE STORY, par Flynn Maria Bergmann

Hier soir j’ai perdu une dent devant le miroir de ma chambre de bain. L’avant-dernière molaire en haut à droite pour être précis. Alors que j’écris ce texte elle trône sur le rebord de mon ordinateur. Posée à plat sur la partie en or qui recouvrait mes morsures, les trois racines tendent leurs pointes vers le ciel. Perdre quelque chose afin de le redécouvrir, écrire puis raturer, coller un bout de papier sur un autre, révéler, dissimuler, détruire, this is my story. On dirait une pépite d’or brunie par les milliers de paquets de cigarettes qui ont cramé ma bouche durant des décennies. Une couronne fragile comme celle que je portais en Californie lorsqu’enfant je sortais d’un Burger King, une couronne sale et pourrie comme la réalité qui broye presque tout sur son passage. C’est ce tout enrobé de rien, ce rien imbibé de tout, qui m’intéresse. La trace d’un perpétuel devenir. Ma bouche édentée, vos yeux, vos mains. Ma fièvre, vos énigmes, vos désirs. Se rencontrer, se toucher, se nourrir mutuellement et puis disparaître. Nécessité absolue d’une réciprocité qui prend sa source et son envol dans la blessure brûlante d’une poésie qui se veut aussi simple qu’universelle.

400 tableaux. 400 oiseaux. 400 pierres tombales. 400 masques aux cadres blancs qui aimeraient vous faire l’amour. Des mots partout, petits et grands, les miens mais aussi ceux des gens qui comptent : Kerouac, Dante, Creeley, Michaux, Blake, Beckett, Bukowski, Kafka, Corso, Genet, Miller, Mishima. Des citations, des aphorismes, des anecdotes, des refrains de chansons, des alphabets, des listes, des paradoxes, des interrogations philosophiques, des poèmes, des hurlements, des slogans, des fragments de fragments. Du papier blanc, du papier rose, du papier quadrillé bleu, du papier ligné avec des marges ou sans, du papier calque, du papier cadeau, des kilomètres de papier saupoudré d’éclats de peinture et zébré de stylos de couleurs, avec beaucoup de colle afin de souder la coque du navire, un navire qui, vous l’aurez compris, voudrait être autant l’arche de Noé que le Titanic.

Derrière cette obsession à épuiser le langage comme s’il était autant matière qu’abstraction, il y la fascination du vide, de la profondeur de la surface, de l’infini et de sa vanité, du sens et du non-sens, du corps, d’une présence dévorant son ombre comme si ce faisant, elle pouvait ressusciter les morts. Danse. Musique. Orgasme. Danse. Musique. Orgasme. C’est à une sorte de carnaval tourbillonaire que je vous invite, entre vies intérieures et réalités du monde. Je ne suis personne comme disait Fernando Pessoa. Ou nous pourrions tous être quelqu’un d’autre, OUTSIDE THE STORY.

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